Publié par : Mébahiah | 23 août 2010

Le passé doit rester passé

Si le passé n’est plus et que le futur n’est pas encore, quel moment reste-t-il pour vivre intensément de manière évolutive? Le moment présent, bien sûr! N’empêche que le passé ne meurt jamais… même si la vie va vers l’avant.

Jorge Luis Borges a dit : Le présent est indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent.

Le passé réfère au temps révolu, à ce qui est devenu stérile, désuet, anachronique. Ainsi, la connaissance du passé peut éclairer le présent et aider à orienter l’avenir, mais on ne peut le ressusciter. Même que ceux qui rejettent leur passé sont portés à répéter leurs erreurs. Mais, il est inutile de s’y projeter inutilement pour s’y complaire, ce qui dénote qu’on ne sait plus s’ajuster au temps présent et qu’on prend du recul au niveau de l’actualisation. Celui qui vit davantage dans son passé que dans son présent, s’y accroche, ne peut que s’étioler et mourir, à défaut de se situer dans l’élan spontané et créatif du moment présent. La réalité ne réside pas dans son passé, mais dans l’expérience de son moment présent. Personne n’est son passé, ce qu’il a fait, dit, pensé, ressenti hier ou plus avant.

Celui qui s’identifie à son passé s’empêche de découvrir de nouveaux aspects de lui-même et d’offrir une nouvelle version ou un nouveau prototype de lui-même. Le passé s’enregistre dans l’esprit tandis que le corps vit le présent et que l’âme prévoit le futur. Mais c’est dans le présent qu’un être peut se renouveler en s’appuyant sur ses expériences passées et en s’ouvrant au futur. Nul n’est invité à oublier son passé, mais à changer son avenir. Le pire qui puisse arriver, c’est d’oublier les leçons des phases antérieures de sa vie et d’agir comme si elles n’avaient pas d’importance.

Chacun change en évitant de répéter certains comportements involutifs, éclairé par ses expériences antérieures. Mais lorsqu’il décide de ne plus répéter certains comportements du passé, il faut cultiver le lâcher prise. Laisser aller ne signifie pas oublier son passé, mais y renoncer, cesser de s’accrocher à lui, ce qui amène à la noyade. Chacun gagne à arrêter d’avoir recours à son passé pour rester à flot dans les idées qu’il se fait de qui il est. Rien n’arrête plus sûrement sa croissance spirituelle que de se désoler de son passé ou de se complaire en lui, de s’asseoir sur ses lauriers.

Un être est porté à se projeter dans son passé par manque de discipline émotionnelle, aimant repasser les événements heureux ou malheureux qu’il a vécus parce qu’il n’est pas pleinement satisfait dans le présent par manque de créativité. Moins un être s’aime et s’apprécie, plus il se projette dans le passé ou le futur, pour échapper à un présent qui lui pèse, ou plus il se cherche un paradis artificiel pour fuir la réalité, pour sombrer dans l’oubli.

Mais c’est une perte de temps et un risque que de se projeter dans le passé. C’est une perte de temps parce que le passé ne peut renaître et que le temps qu’on y pense, on perd l’essentiel de l’instant présent dans des circonstances dépassées qu’on retient de façon malencontreuse dans son psychisme. C’est ainsi qu’on développe une personnalité stagnante ou aigrie, devenant un désemparé émotionnel. À trop penser à son passé, on se crée des joies factices et désuètes, on se déphase et on se fait inutilement du mal à soi même.

Certains développent même une véritable paranoïa parce qu’ils en viennent à craindre que le passé ne se reproduise. Qui ne connaît pas de ces gens âgés qui, pour avoir vécu des faits troublants ou pour avoir trop écouté les nouvelles des médias, deviennent très suspicieux, ressassant des nouvelles de vol, de viol, d’escroquerie et de meurtre et se barricadent chez eux. Ils amènent leurs croyances à se renforcer que la plupart des gens ne sont pas dignes de confiance et viennent chez eux pour les espionner et prépare des plans menaçants. À trop creuser son passé, on en vient à se souvenir plus du mal que du bien et on perd son sens de l’invention.

Puisque la pensée créée, on doit choisir soigneusement les événements dont on veut se souvenir et ceux que l’on veut écarter. Repasser les erreurs du passé n’y changera rien. Et quand on parle du passé, on inclut le passé récent. Continuer à penser à son passé, même récent, peut interférer dans le présent. Et si on laisse le passé interférer dans le présent, il interférera dans le futur. Un bonjour, il faut décider de ce qu’on veut garder vivant dans sa mémoire. En oubliant les faits pénibles du passé. On se prépare à mieux affronter les autres épreuves qui peuvent toujours surgir si on manque de conscience. En les entretenant, on se forme une mentalité défaitiste, fataliste et on se désespère.

Il n’est pas facile de laisser aller le passé, surtout le passé sombre, mais, une fois qu’on a changé cette habitude délétère de trop regarder en arrière, on dirige mieux sa vie, on avance dans une plus grande sérénité, on se crée un meilleur avenir. De toute manière, il est vain et ridicule de se désoler de son passé, d’y penser comme si on pouvait le reprendre, de s’en plaindre en croyant qu’on aurait pu faire mieux. Ce qui est fait et fait et il faut vivre avec. Quoi qu’on eût tenté de faire, les choses n’auraient pas tourné mieux pour soi, car il y avait quelque chose à apprendre qu’on ne connaissait pas, qu’on a dû apprendre, qui a fait ce qu’on est devenu. On a exercé de nouveaux potentiels ou on a pu reconnaitre certaines de ses faiblesses.

Le passé ne peut aider que si on se rappelle ses moments de succès pour éveiller sa mémoire créative et évolutive. On doit bien se garder de se culpabiliser de ne pas être devenu autre chose que ce qu’on est, car c’est se déprécier et se ralentir dans l’étape
suivante qu’il faudra franchir. Alors, on se désole de ce qu’on n’est pas encore devenu mais qu’on peut devenir. Le bagage des expériences qu’on a menées jusqu’à ce jour constitue l’enseignement pour lequel on avait choisi de naître. Qu’on le qualifie de bon ou de mauvais, il compose son être, dévoilant son but. Si on repense à son passé pour s’en rappeler les échecs, on projette ses limitations antérieures dans ses relations présentes. Alors, si on désire revenir sur son passé, que ce soit pour penser aux moments où on était créatif, plein d’amour, débordant de puissance, vibrant de force.

Une des raisons de l’échec personnel, c’est la propension à s’intéresser davantage à ce qu’on a vécu dans son passé qu’à ce qui est devant et à ce qu’on peut en faire. Évidemment, une grande partie de l’expérience passée peut servir à quelqu’un, mais, s’il pouvait s’appliquer jour après jour aux tâches auxquelles il doit faire face, il réussirait mieux sa vie, développant une plus grande satisfaction que s’il attend des occasions qui peuvent ne pas se présenter. Ceux qui oublient complètement leur passé peuvent répéter leurs erreurs, mais ceux qui s’y projettent constamment s’enterrent de leur vivant. Car, dès le moment où on n’est plus actualisé dans le temps, on commence à se perdre et à régresser. En revanche, plus on estime et apprécie son passé pour ce qu’il est, plus on s’ouvre à l’intuition dans le présent et mieux on prépare son futur. Mais il y a une marge entre se souvenir de son passé et s’y complaire. L’un éclaire tandis que l’autre enlise.

Toutefois, au lieu de se désoler de son passé ou de le déplorer, on gagne à le situer dans une nouvelle perspective et à lui envoyer des vibrations d’amour. On y parvient en l’acceptant tel qu’il s’est déroulé, en reconnaissant les qualités d’âme qu’on a développées ou les potentiels qu’on a activés dans les moments pénibles, en reconnaissant qu’on a agi au mieux de ses connaissances et de ses moyens d’alors. C’est par son passé qu’on est devenu ce qu’on est présentement. Et si on n’est pas satisfait de ce qu’on est devenu, on peut commencer à le changer dès maintenant pour devenir ce qu’on veut devenir. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Hélas, beaucoup aiment ramener le passé comme excuse ou comme modèle de ce qui pourrait survenir dans l’avenir. Et c’est ainsi qu’ils régressent au lieu de progresser.

© 2009 Bertrand Duhaime (Douraganandâ)
Note : Nous accordons le droit de reproduire ce document dans la mesure où on le reproduira intégralement –donc sans aucune suppression, modification, transformation ou annotation– se donnant la peine d’en préciser le nom de l’auteur, Bertrand Duhaime
(Douraganandâ), la source, www.lavoie-voixdessages.com, et d’y joindre également, au complet, en tête ou en pied de texte, la présente directive, donnée en note.

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